De somptueux manteaux bourguignons
Les chapes de Bourgogne
Les trois chapes exposées au Château de Gruyères comptent parmi les objets les plus prestigieux visibles au fil du parcours. Prises comme butin par les troupes confédérées lors de la bataille de Morat en 1476, ces imposants manteaux de cérémonie rejoignent les salles la forteresse lors de son ouverture en tant que musée en 1938.
Les chapes portent les armoiries de plusieurs territoires du grand duché de Bourgogne, notamment celles du comté de Zélande et du duché de Brabant. Elles ont été commanditées par Philippe le Bon (1396–1467), duc de Bourgogne et père de Charles le Téméraire. Ses emblèmes personnels apparaissent sur chacune d’elles. Un briquet médiéval frappe un silex, en faisant jaillir des flammèches. Sa forme évoque à la fois une couronne, affirmant les ambitions du duc, et le «B» couché de Bourgogne.
D’un diamètre d’environ trois mètres, les chapes sont taillées dans un luxueux velours de soie noire. Au Moyen Âge, cette couleur représente à elle seule un signe de richesse. Obtenir un noir profond et uniforme constitue alors un défi technique considérable. Les nuances grisâtres, brunâtres ou bleutées trahissent souvent une teinture imparfaite.
La somptuosité des chapes ne tient toutefois pas uniquement à la qualité du tissu. Les fils d’or et d’argent qui dessinent leur décor révèlent un remarquable travail de broderie.
Il est difficile d’imaginer l’effet que produisaient ces vêtements lorsqu’ils étaient portés. Au XVe siècle, les intérieurs sont éclairés à la lueur vacillante des chandelles et des foyers. Le velours noir absorbait la lumière tandis que les broderies métalliques la réfléchissaient en une multitude d’éclats. Animées par le mouvement de celui qui les portait et par le scintillement des flammes, les chapes de Bourgogne devaient alors offrir un spectacle à couper le souffle.
Les chapes de Bourgogne sont présentées au château de Gruyères dans le cadre d’un prêt longue durée du Chapitre cathédral de St-Nicolas de Fribourg que nous remercions ici.
[article publié le 06.08.2026]